On parle souvent de Dario Amodei, CEO d’Anthropic, parce qu’il aborde l’IA au-delà de la performance brute : gouvernance, impacts sociaux, risques systémiques. Mais cette fois, le point le plus intéressant vient de Daniela Amodei, présidente et cofondatrice d’Anthropic (ex-OpenAI). oai_citation:0‡Business Insider
Dans une interview récente, elle résume une réalité que beaucoup préfèrent esquiver : les capacités des modèles peuvent continuer à progresser très vite… pendant que l’économie réelle peine à suivre. oai_citation:1‡The Indian Express
“The exponential continues until it doesn’t” : le scaling n’a pas (encore) touché un mur
Daniela Amodei rapporte une phrase qu’elle dit entendre souvent : “the exponential continues until it doesn’t” — l’exponentielle continue… jusqu’au moment où elle s’arrête. Elle explique que, chaque année, les équipes pensent approcher une limite, puis voient les capacités continuer d’avancer. oai_citation:2‡The Indian Express
Autrement dit : le débat “les modèles plafonnent-ils ?” est souvent mal posé. Si l’on reste sur le terrain technologique, son message est plutôt clair : pas de plafond évident à court terme. oai_citation:3‡Business Insider
Le vrai goulot d’étranglement : l’adoption réelle en entreprise
Selon Daniela Amodei, le sujet “boom ou bulle” ne se joue pas uniquement sur la capacité à améliorer les modèles, mais sur la capacité des organisations à absorber ces capacités.
Et là, le contraste est brutal :
- La courbe technologique est rapide, concentrée, capitalistique.
- La courbe d’adoption est lente, fragmentée, humaine.
Pourquoi tant de projets restent des POC
On entend souvent : “il manque des cas d’usage”. En réalité, des cas d’usage, il y en a. Le problème, c’est le passage du “wow” au “scale”.
Beaucoup de projets IA restent :
- des pilotes locaux,
- des démos impressionnantes,
- des POC qui ne deviennent jamais un standard opérationnel.
Le “mur du réel” : une couche intermédiaire manque encore
Le point le plus structurant est peut-être celui-ci : il manque une couche intermédiaire mature entre :
- les fournisseurs de puissance IA (Anthropic, OpenAI, Google, etc.),
- et les entreprises finales qui veulent des résultats mesurables.
- comprendre marges, risques, contraintes, qualité,
- cartographier des processus réels (pas théoriques),
- définir des critères de succès mesurables,
- concevoir des architectures pragmatiques (RAG métier, sécurité, gouvernance, monitoring).
Ce qui va se créer : un nouveau marché de l’intégration IA
Le discours de Daniela Amodei suggère qu’un pan entier de l’économie va se structurer : celui des experts capables de relier la puissance des modèles à la réalité opérationnelle.
Les opportunités ne seront pas uniquement dans “le modèle le plus impressionnant”, mais dans :
- l’intégration dans les workflows,
- la fiabilité et la conformité,
- l’adoption par les équipes,
- la mesure de valeur dans le temps.
La lecture Leadkong : la valeur n’est pas dans l’IA, elle est dans l’usage
Chez Leadkong, nous pensons que le bon indicateur n’est pas “combien de tokens on consomme”, mais :
- combien de décisions sont accélérées,
- combien d’erreurs sont évitées,
- combien de temps est réalloué vers des tâches à forte valeur.
Checklist simple pour éviter le mur du réel
Avant de déployer l’IA “à grande échelle”, une entreprise devrait pouvoir répondre clairement à :
1. Quel processus précis est ciblé, et où se trouve la valeur ?
2. Quelles exceptions existent (les vrais cas tordus) ?
3. Qui supervise, qui arbitre, qui est responsable ?
4. Quelles données sont autorisées, traçables, à jour ?
5. Quel KPI business (pas “usage”) prouve le ROI ?
6. Quel plan de conduite du changement (formation, adoption, support) ?
Conclusion – L’IA n’attend pas : elle progresse. Le monde réel, lui, doit apprendre
Le discours de Daniela Amodei n’est ni alarmiste ni pessimiste. Il est lucide : l’IA peut continuer de progresser, mais son impact économique dépendra surtout de la vitesse à laquelle les organisations sauront l’intégrer.
L’exponentielle technologique ne s’arrête pas forcément sur un mur de compute. Elle peut buter longtemps sur un mur plus dur : le réel.